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QUELQUES MENSONGES DE LA MEDECINE ©
de Pascal GILBERT

Toute possibilité de comprendre s'enracine dans la capacité de dire non. ( S. Sontag )

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RESUME DU TEXTE DU LIVRE

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  1. Les dangers de l’hypercholestérolémie
  2. L'inégalité des populations
  3. Les anciens médicaments
  4. Les statines
  5. Un aparté à un milliard d'euros l'année
  6. Les études cliniques sur l'efficacité des statines
  7. Quelle est la signification de ces résultats pour l'individu lambda ?
  8. Qu'attendent les patients de leur médicament ?
  9. Les oméga 3, les stanols, les machins.
  10. La désinformation
  11. En conclusion

 

"Parler sereinement du cholestérol en France n’est pas facile. Les laboratoires commercialisant des hypolipémiants, les margariniers, les industries laitières ont organisé avec le soutien actif de "Professeurs" très médiatiques de véritables groupes de pression pour faire reconnaître leur point de vue par la population, les médecins et les pouvoirs publics"

Ainsi écrivait Prescrire dans son numéro 150 en avril 1995. Depuis plus de dix ans rien ne s'est arrangé, au contraire, nous avons eu droit à la plus que douteuse publicité Pfizer cosignée par deux sociétés savantes de cardiologie. A force de s'entendre prêcher la bonne parole par les assureurs, les bouchers et les vendeurs à la sauvette de recettes miracles, on se prend à s'impatienter devant la lenteur de l'agro-alimentaire à nous sortir le mécaliment ultime : celui qui combinera les bienfaits du french paradox avec ceux des régimes crétois et inuit que j'imaginerais comme un yaourt de soja au bordeaux enrichi à la graisse de phoque et parfumé à l’huile d’olive, que seul Jacques Weber sera capable de vanter sans vomir.

 

1 - Les dangers de l’hypercholestérolémie

Personne ne nie les dangers du cholestérol, cette graisse qui entartre les vaisseaux sanguins, formant la plaque d’athérome qui rétrécit le diamètre des artères jusqu’à les boucher. Il existe un lien, épidémiologiquement démontré, entre le taux du cholestérol (essentiellement du LDL-cholestérol -le mauvais-) et les maladies coronariennes : angine de poitrine et infarctus du myocarde. Et la plaque d'athérome peut aussi se localiser au niveau des membres inférieurs (artérite), des carotides (accidents vasculaires cérébraux), des artères rénales (hypertension artérielle).

Au total le cholestérol est incriminé dans les grandes pathologies cardiovasculaires.

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2 - L'inégalité des populations

L'OMS a mis en évidence une variabilité de l'incidence des maladies coronariennes suivant les pays. La France semble épargnée malgré la richesse de sa gastronomie, cet état de fait baptisé french paradox reste sans explication démontrée de manière irréfutable même si l'explication la plus populaire réside dans l'existence de molécules protectrices dans le vin.

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3 - Les anciens médicaments

On peut, dans l'ensemble, résumer leurs bienfaits de la manière suivante : dans les populations traitées on note une diminution des problèmes cardiovasculaires mais pas d'amélioration de la mortalité d'une manière globale. Et ce résultat, somme toute modeste, n'a même pas été démontré pour tous les médicaments utilisées. Le fénofibrate (Lipanthyl® et génériques)a attendu environ vingt ans après le début de sa commercialisation pour produire une étude d'efficacité clinique, qui a démontré sa non efficacité sur la mortalité cardiovasculaire...

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4 - Les statines

Elles apparaissent sur le marché de l'infarctus au début des années 90, et sont mises en vente sans qu'elles aient fait la preuve de leur efficacité clinique. On ne pouvait dire si la baisse du cholestérol que ces médicaments induisait s'accompagnait d'un résultat sur la mortalité, sur l'incidence de l'angine de poitrine et/ou de l'infarctus, idem pour les autres maladies cardiovasculaires. Cela n'empêcha pas nos décideurs d'autoriser leur commercialisation à un prix environ cinq fois plus important que celui des molécules déjà présentes sur le marché ! Excusez du peu.

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5 - Un aparté à un milliard d'euros l'année

Il est facile de dénoncer le tire au flanc, celui qui grapille trois jours d'arrêt de travail, comme LE creuseur du trou de la Sécu. Il est facile d'y associer les médecins, les généralistes surtout, de faire n'importe quoi en prescrivant à tour de bras. Mais il faudrait aussi se poser la question des critères d'autorisations de mise sur le marché des nouveaux médicaments. On l'avait déjà évoqué pour ce qui était des coxibs, des médicaments contre le diabète. L'histoire se répétepour les hypolipémiants dont le marché annuel représente, à la louche, au moins le milliard d'euros ?

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6 - Les études cliniques sur l'efficacité des statines

Elles existent, elles sont relativement nombreuses. Le texte les reprend. On peut citer l'ordre de grandeur de leur résultats même si les critères de jugement ne sont pas identiques de l'une à l'autre.

Le premier tableau donne le nombre d'événements évités en traitant mille personnes pendant un an

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La première colonne donne le nom de l'étude.
IdM = infarctus du myocarde. Agrégat majeur correspond à l'ensemble regroupé des critères de jugements principaux.
Une case blanche signifie que je n'ai pas retrouvé la donnée dans les textes que j'ai consultés. NS qu'il n'y a pas de différence entre le groupe traité et le groupe placebo

Les quatre études citées en premier (bleues) sont dites de prévention primaire, mais les caractéristiques de WOSCOP n'en font pas, à mon sens, une étude de ce type. CARDS est bien une étude de prévention primaire mais elle se fait sur une population ciblée, à risque : les diabétiques de type 2. Leur résultats ne peuvent pas être extrapolées à la population générale.
Sur la mortalité globale on constate que, en prévention primaire le traitement n'a pas d'effet 3 fois sur 4. En prévention secondaire les résultats sont "mieux", mais l'amélioration ne se voit que 3 fois sur 7. Au bout du compte, on peut dire que l'éventuel effet sur la mortalité n'est pas évident, loin s'en faut. Or c'est tout de même cet indicateur qui signe l'efficacité d'une thérapeutique.
En population tout venant, celle qui vient faire doser son cholestérol sans être aucunement malade mais parce que c'est dans l'air du temps, la prise de statine ne change guère la longueur de sa ligne de vie.
Les résultats positifs deviennent la majorité pour ce qui est des décès cardio-vasculaires.
Enfin, pour ce qui est des critères de jugement principaux tous les traitements ont un effet positif sauf la pravastatine dans ALLHAT-LLT (qui concernait des patients âgés de 55 ans et plus).

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7 - Quelle est la signification de ces résultats pour l'individu lambda ?

Disons cinq infarctus de moins pour mille patients traités pendant un an. Qu'en tirons nous ? Que si nous traitons un million d'individus nous évitons cinq mille infarctus, chiffre qui devient frappant. Mais retournons le problème : quelle est la conséquence pour moi, individu isolé qui ne saurait faire un cinq millième d'infarctus par an et difficilement me satisfaire d'avoir évité cette fraction ténue de maladie. On peut, à partir des chiffres énoncés ci-dessus, calculer la durée de traitement statistiquement nécessaire pour que j'évite cet infarctus : elle est deux cent ans...
C'est là tout le paradoxe : l'efficacité statistique au niveau de la population ne change rien à mon devenir personnel. C'est le même phénomène que celui rencontré dans le traitement du diabète non insulinodépendant.
J'ai matérialisé ce fait dans le tableau ci-dessous qui indique le temps de traitement nécessaire, en années, pour que je puisse observer personnellement l'effet bénéfique du traitement.

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Dans le meilleur des cas, pour éviter de mourir d'une cause cardiovasculaire grace au traitement, je dois le prendre pendant 166 ans !
'ai bien évidemment conscience du caractère provocateur de ces chiffres mais, à mon sens, ils ne doivent pas être écartés sans réfléchir. Ils posent la question de la nature de ce que l'on entend pas maladie. Est-on malade lorsque l'on a du cholestérol ? Doit-on traiter valider cette maladie en acceptant de prendre un traitement dont l'effet est plus qu'accessoire sur mon avenir ?

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8 - Qu'attendent les patients de leur médicament ?

Une étude a cherché à savoir quel était le seuil d'efficacité qu'exigent les patients pour prendre un médicament hypocholestérolémiant.
Les résultats sont les suivants :

  • les patients sortant de soins intensifs de cardiologie refuseraient de prendre une thérapeutique hypocholestérolémiante qui diminuerait leur risque absolu à cinq ans de moins de 20 %,
  • les patients prenant déjà une thérapeutique cardioprotectrice, sans histoire récente d'infarctus du myocarde ont une exigence identique,
  • les patients n'ayant pas d'antécédents d'infarctus du myocarde et ne prenant pas de médicaments cardioprotecteurs demandent une diminution du risque absolu à cinq ans d'au moins 30 % pour accepter de prendre l'hypocholestérolémiant .

Inversement seulement 27 % seulement des patients accepteraient de prendre une thérapeutique hypocholestérolémiante qui n’offrirait qu’une réduction absolue du risque de 5 % sur cinq ans.
On peut comparer ces exigences à la réalité cardioprotectrice des traitements par les statines où le bénéfice clinique, quand il existe, est toujours inférieur à 5% à cinq ans, (sauf pour 4S où la diminution de la probabilité de faire un infarctus est de 6% à cinq ans). Les résultats des statines sont donc nettement en deçà des demandes des patients.
La conclusion des auteurs est la suivante :
"Pour la majorité des sujets le bénéfice attendu par la prise d'une thérapeutique préventive est supérieur au bénéfice obtenu avec les stratégies thérapeutiques actuelles. Il y a une opposition entre le droit qu'ont les patients de connaître les bénéfices d'une thérapeutique préventive et la probable diminution de l'observance s'ils en étaient informés".
Jusqu’où doit-on aller dans l’énoncé de la vérité ? Question ancienne.
A qui profite l'observance thérapeutique ?… La question mérite, aussi, d'être posée.

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9 - Les oméga 3, les stanols, les machins.

Ce sont les néo-tartes à la crème de la prévention cardiovasculaire. La vérité est plus simple : leur effet n'est démontré qu'en prévention secondaire et l'agroalimentaire fait son beurre sur les informations partielles qu'elle délivre, vendant à chacun une promesse d'un avenir cardiovasculaire meilleur. Promesse qui me parait avoir la même consistance que celles faites habituellement en période pré-électorale.

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10 - La désinformation

Elle commence avec la publication des chiffres : parler de réduction de risque ne percute que très peu dans l'esprit de tout un chacun, et dire que l'on réduit le risque relatif de 30% est de la désinformation si ce pourcentage "confortable" correspond en fait à une diminution absolue du risque de 0,5%.
Elle continue lorsque l'on ne parle que vies ou maladies épargnée pour mille habitants sans dire quel temps de traitement cela implique pour chaque individu.
Elle se paufine en créant un climat de peur, en exploitant de manière éhontée la crainte qu'a chacun de sa propre mort comme l'on fait Pfizer et des Sociétés Savantes, savantes sans doutes, mais fort peu éthiques sur ce coup là.
Elle se pérénnise lorsque toute la société emboîte le pas, qui pour vendre de la margarine, qui pour de l'assurance ou qui pour conforter son statut de prêtre hygiéniste, volontiers castrateur.

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11 - En conclusion

L'effet des thérapeutiques hypocholestérolémiantes est, pour chacun, modeste mais mon propos n'est pas de dire qu'il est négligeable et que ces médicaments doivent passer la trappe. Mon propos est simplement d'informer le patient sur ce qu'il peut attendre de la consommation des petites pilules ou gélules. Je pense qu'il sera étonné, déçu, et se sentira trompé.

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